Ombre avec aneClément, dont le chemin est passé par le séminaire, est actuellement en équipe Jeune-Pro de la Mission de France et enseignant.

Entrer au séminaire a d’abord été pour moi accepter de lâcher prise. Oser prendre une décision qui, si elle n’était pas parfaite, m’aiderait à avancer. C’était accepter de relire mon passé pour y déceler les présences du Seigneur et mieux comprendre vers quel bonheur il m’appelle. C’était me questionner sur les deuils que j’avais à effectuer pour vivre ce bonheur : Quels étaient mes désirs ? A quoi devais-je renoncer pour y parvenir ? N’étais-je pas en train de me tromper en voyant des évidences ? Et Dieu, que désirait-il pour moi ? Et le ministère de prêtre dans tout ça ?

En gardant mon travail, j’ai pu approfondir en vérité ces points de discernement. J’ai pu apprendre à découvrir Dieu dans l’ordinaire des jours. J’ai pu me laisser questionner et dérouter par mes collègues, mes amis et ma famille. J’ai pu, enfin, interroger mon équilibre de vie : Suis-je épanoui ? Suis-je organisé ? Est-ce que je parviens à être autonome et à gérer les tâches ménagères ? Et ma vie affective, qu’est-ce que j’en fais ? Il faut donc aussi questionner énormément son corps, qui s’exprime dans les relations aux autres, la sexualité, les tâches ménagères, les loisirs, le travail… Et Dieu ne peut nous appeler que sur une route où nous sommes heureux à la fois dans notre tête et dans notre corps.

Au séminaire, il faut donc accepter de se mettre en vérité face à Dieu, de ne pas lui mentir et de ne pas se mentir, un peu comme Nathanaël, dans l’Evangile de Jean, qui ose se montrer à Jésus tel qu’il est… Et qui se laisse finalement dérouter par le Christ qui lui annonce : « Tu verras des choses plus grandes encore ! »

Au fil des mois, de ces questions, de cette route menée avec le Christ, jonchée de doutes et de joies, l’évidence de quitter le séminaire s’est alors effectuée d’elle-même. Mon corps a lâché prise. Ma tête aussi.

Comme lors de mon entrée au séminaire, j’ai alors accepté de nouveau de me plonger dans un avenir inconnu avec le Christ ; comme une nouvelle nouveauté à affronter sur cette route débutée avec mon baptême. Mais cette nouveauté, je l’affrontais en étant solidement armé de ces années passées au séminaire. Je savais bien mieux qui j’étais. Je pouvais beaucoup plus m’affirmer en adulte chrétien. Et je pouvais dire « je » décide « ça » pour mon avenir.

Je n’avais peut-être pas choisi la route la plus facile – car j’étais plutôt heureux et épanoui au séminaire – mais je savais que ce serait celle qui me mènerait au vrai bonheur, celui où on a les deux pieds sur terre, où l’on est un homme debout, en paix avec soi-même, à l’écoute des autres, de sa tête et de son corps. Où l’on essaie d’accepter progressivement de laisser Dieu nous regarder tel qu’on est et non tel qu’on voudrait qu’il nous regarde…

Ce choix était celui de la vie. Et donc de la Résurrection.

 

Benoit est actuellement en temps d’étude à temps plein au séminaire à Ivry-sur-Seine.benoit blin

Oser faire un premier pas ! “Pourquoi pas tenter l’aventure ? Après tout je ne risque rien…” C’est quand je me suis dit cela à moi-même que ma décision de rentrer au séminaire s’est prise. Rien n’était ficelé d’avance, tout n’était encore que question. Mais la possibilité de faire un premier pas au séminaire sans rupture professionnelle ou sociale, a facilité ce choix.

Je dois dire qu’avant cela, je n’avais pas vraiment formé le projet d’être prêtre. C’est en découvrant la Mission de France que la question m’est venue. J’y ai trouvé un écho aux questions que la foi me posait dans mon travail et avec mes amis non-croyants. C’est dans ce contexte qu’on m’a interpellé : “Est-ce que tu as déjà pensé à être prêtre ?”. L’un d’entre eux m’a aidé à ne pas laisser tomber la question. Et la seule manière pour moi d’y apporter une réponse, ce fut ce premier pas au séminaire. Peu à peu, les questions s’affinent, et notre oui peut devenir un oui vraiment libre.

La vocation, c’est vraiment une histoire singulière. En jetant un coup d’œil dans le rétroviseur pour relire mon histoire, je la vois faite de bric et de broc, de rencontres diverses, de fils rompus. Mais en y plaçant au centre le Christ, elle prend un sens, une cohérence, et devient l’histoire formidable par laquelle il se révèle à moi et m’appelle.