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Guillaume Roudier, ordonné prêtre en 2016, passionné de photo, originaire de Bordeaux, nous partage quelques lignes…

Ordonné prêtre « pour le service du Christ et des Hommes, pour l’annonce de l’Evangile ». C’est difficile en quelques lignes de relire ce parcours commencé il y a 7 ans, et peut-être même avant dans le discernement de cette vocation et dans toute mon histoire…

J’ai tellement de souvenirs en mémoire, tellement de joies, tellement de rencontres ! Bien sûr, il y a eu des doutes et encore aujourd’hui des questions demeurent ; mais j’ai toujours pu partager ça avec des copains du séminaire, avec des formateurs, avec des amis. Etonnement, même si c’est ma vie que j’engage, je ne me suis jamais senti seul. J’ai fait confiance, j’ai essayé de me laisser faire et ne me suis jamais senti « formaté ».

Ma liberté a toujours été préservée. C’est bien elle que j’ai engagée lorsque j’ai envoyé ce courrier demandant à débuter la formation. C’est elle que j’ai présentée à l’évêque lors des différentes étapes qui ponctuent les années de séminaire. C’est encore elle que j’engagerai le 17 juillet. Et ma liberté a rencontré celle de l’Evangile, celle de l’Eglise. Au cours de la formation, des copains ont bifurqué et ont poursuivi leur vocation autrement. C’est heureux, je crois.

Personnellement, j’ai pris beaucoup de plaisir à voir ma foi s’épanouir dans le quotidien : en équipe de séminaristes, dans les études, dans des associations, en paroisse… C’est la même foi en Dieu qu’il y a 7 ans, et en même temps elle est différente. C’est peut-être mon rapport aux autres qui l’a changée au fur et à mesure…

J’aime bien cette idée que le prêtre que je deviens a été et sera façonné encore et encore par les rencontres que je ferai. Cette manière là d’être au monde est « inutile, mais indispensable ». Ces mots entendus durant le premier week-end de discernement résonnent encore. C’est inutile car les prêtres ne peuvent être dans un rapport d’utilité mais de gratuité. C’est indispensable car le Christ a besoin de paroles humaines pour dire l’Amour de Dieu. Dans quelques jours, j’engagerai toute ma vie aux côtés d’autres prêtres afin que, ensemble, nous nous y aventurions : l’Evangile continue !

Et aussi : un article du journal La Croix paru le 17 juillet 2016.

Jean-Christophe
Jean-Christophe Houot,

Encadrant dans un jardin d’insertion – équipe de Troyes.

En 2011, la Mission de France m’a envoyé comme prêtre à Troyes, au pays de l’andouillette. Et j’y suis à l’aise. Par exemple, jeudi dernier, Raymond, Olivier, Amélie, Bajram, Johann, Flora, collègues maraîchers au jardin de Saint Loup, et moi-même, encadrant dans ce chantier d’insertion, plantons 10 000 poireaux… A 18 h, fin de journée, on est complètement crevés. Nos mains sont remplies de terre et d’ampoules. Pire, on pue. On est inapprochables. Cela ne nous arrête pas. On se salue en se serrant la main. La main dans laquelle on peut y lire notre journée. En un instant, nos journées et nos vies font corps et il y a comme une odeur de vrai dans ces poignées de mains échangées. Dans ce boulot de maraîcher, dans ces poignées de mains remplies de terre et d’ampoules, je me sens bien prêtre à la MDF pour faire corps avec tout ce qu’il y a de plus vrai, de plus beau et de plus juste dans notre monde, pour faire corps avec tout ce qui, pourtant, m’échappe, m’étonne et me précède dans ce pays de l’andouillette. Avec mes frères prêtres et à table ouverte, je ne peux m’empêcher de dire merci aux maraîchers… et à Dieu.

Jean-Marc GALAUJean-Marc Galau,
Prêtre en paroisse et facteur – équipe de Lyon.

Il y a deux ans, l’évêque de la Communauté Mission de France m’a demandé de rejoindre l’équipe Banlieue de Lyon et de vivre en équipe avec les deux prêtres déjà présents à Saint Fons. J’habite et je travaille sur place. Je suis facteur. Lors de mon embauche, je n’ai pas spécifié que l’étais prêtre. Mes collègues ont compris très vite : un facteur qui quitte la Seine et Marne, qui n’a pas d’enfant, pas de famille et qui vient habiter Saint Fons, une des villes les plus pauvres du Rhône… certains ont tout de suite pensé qu’il n’y avait qu’un PO (prêtre ouvrier) pour demander ce poste. Mais ils disent aussi facilement que je suis une facteur comme les autres. cet hiver, une collègue est venu me demander de baptiser son fils, d’autres me signalent telle personne seule, malade, âgée… et qui aimerait me rencontrer, moi, le prêtre.

Jean-Paul Havard sdvJean-Paul Havard,
Ouvrier agricole et aumônier national MRJC – Grenoble.

« Alors, curé des vignes, est-ce que le vin sera bon cette année ? »

C’est ainsi, rituellement, que ma voisine Maryse me salue. En attendant les vendanges, à la cave je prépare les cuves, le pressoir…. Mais aujourd’hui, j’ai l’esprit préoccupé de la préparation de la rentrée des enfants avec « le collectif roms ». Par la porte j’aperçois passer Mohamed sur son tracteur. Cet été les journées du ramadan sont longues. Prochainement, il y aura cette journée de jeûne dont m’a parlé Françoise – animatrice en pastorale – pour proposer une solidarité interreligieuse et citoyenne avec le peuple syrien. Je me rappelle aussi devoir passer chez Manuel, inquiet du chômage qui l’attend. Julia, catéchumène congolaise, a été bien inspirée de confier à ma prière sa « neuvaine à Marie qui défait les noeuds ». Nos coeurs et nos relations sont tellement freinés par des noeuds d’incompréhensions, de peurs et de violences.

Comment je vis le ministère de « faire Eglise » ?  En cultivant ce désir d’avancer ensemble pas à pas … dans les vignes de l’amitié.

Dominique FontaineDominique Fontaine,
Aumônier général du secours catholique – équipe de Bussy Saint Georges (77).

J’ai été prêtre ouvrier en entreprise, j’ai travaillé à la télé, tout en étant prêtre de paroisse en banlieue parisienne. Quel bonheur de vivre cette Eglise proche de ceux qui en bavent ! Après 6 ans comme vicaire général de la Mission de France, me voici aumônier général du Secours Catholique. Là aussi, je découvre non seulement « l’Evangile annoncé aux pauvres », mais aussi l’Evangile annoncé par les pauvres ! Récemment j’ai fait connaissance avec Alain, qui a vécu galères sur galères. Il m’a dit : « Tu sais, j’aime bien remercier Dieu, malgré ce qui m’arrive. Cela me fait du bien. » Je lui réponds : «  Moi aussi, je remercie Dieu, simplement parce que j’existe, alors que j’aurais pu ne pas exister. » Il me regarde avec de grands yeux étonnés et me dit simplement : « C’est bien vrai ! ». Je l’ai revu au rassemblement Diaconia 2013 à Lourdes. En me voyant, il m’interpelle avec un grand sourire : « Eh, Dominique… j’existe !!! » Depuis ce jour, sa joie d’exister remplit ma joie de prêtre.

dominique TrimouletDominique Trimoulet,
Aide soignant – équipe de Lannion.

Tous les jours, je fais ma tournée d’aide-soignant en soin à domicile. Ma pratique m’a conduit à me former en massage bien-être afin d’associer le geste de bien-être au geste de soin. Plus que l’apprentissage d’une pratique, il s’agit d’apprendre un langage et d’y découvrir ce qu’il révèle du mystère de l’humain comme d’autres apprennent le chinois : chaque langue lui apportant sa couleur spécifique. Ainsi  je cherche, entre autre avec mes mains, la porte d’entrée spécifique à chaque personne pour trouver un chemin de communication. C’est particulièrement précieux avec les personnes avec qui la communication verbale est très limitée, voire impossible, comme les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Cela permet aussi d’apporter du bien-être à l’occasion de cette toilette quotidienne si humiliante pour ceux qui n’ont plus les moyens de l’assumer eux-mêmes. De plus cela nourrit ma méditation sur ce que, à travers le toucher, nous disent nos mains d’un Dieu incarné. Un des enjeux de mon ministère est d’enraciner la Parole que l’Eglise à la charge de vivre, la porter et transmettre dans le silence qu’impose le chevet d’une personne souffrante. Souvent toute parole est vaine, seule peut compter la présence…

Bruno REGIS - réception
Bruno Régis,
Réceptionnaire de marchandises et aumônier JOC – équipe de Nîmes.

« Je travaille sur une plate-forme logistique du groupe carrefour. Après avoir bossé comme préparateur de commandes puis cariste, je travaille maintenant au service de la réception des marchandises. Au boulot je partage les incertitudes, la gestion parfois incompréhensible, les colères des collègues. Je suis heureux d’avoir tissé des relations de confiance et d’amitié.

Je vois bien que dans le monde dur du travail, il y a une résistance à vivre : je suis parfois gagné par la façon de parler et de regarder les autres : efficace ou pas ? français ou étranger ? Ça me renvoie à ma relation au Christ et à ce que je cherche à engager par ce ministère au travail.. Je ne sais pas si ma façon d’être témoigne du Christ… Je n’ai évidemment pas la main sur ce que les copains de boulot perçoivent. J’ai par contre à garder vivante la recherche de la rencontre du Christ qui me précède dans l’entrepôt. L’essentiel c’est d’être là avec eux et vivre la rencontre. Etre là, prier et célébrer l’eucharistie, parce que si je ne mets pas en jeu et en travail ma relation à Dieu, au Christ, ça n’a pas de sens.

Le reste du temps est pour les jeunes. Essentiellement la JOC et un petit peu l’aumônerie des collèges. A la JOC, des jeunes de monde populaire et ouvrier se rencontrent (précarité, problème de formation, de famille, de drogue, handicap…). Je suis heureux et fier de ce qui se vit, de voir des jeunes grandir et se responsabiliser les uns par rapport aux autres. Ministère d’accompagnement, d’écoute, pour les aider à construire leur propre chemin, à se rassembler et  à devenir  un peuple ? Les jeunes ont besoin de sentir qu’il y a un lieu où il est possible de parler, et peut-être d’agir…

Travail et JOC, cela me fait deux pieds pour avancer, même si c’est parfois tendu, le chemin vaut la peine ! »

biarritz 2010 001Hervé Rouxel,
Enseignant en collège en banlieue, habitant en cité – équipe de Gennevilliers.

Qu’est-ce que c’est qu’être prêtre « à la mode de chez nous » ? C’est rejouer sans cesse l’arroseur arrosé.  Ou plutôt le pêcheur qui se laisse pêcher.

Bien sûr, on part à la pêche avec l’idée qu’on sera pêcheurs d’hommes, des pêcheurs de haute mer, de ceux qui ne se contentent pas du menu fretin, de toutes ces sardines en boîte trop bien huilées par les trop saintes habitudes du bocal ecclésial. On sent vibrer l’appel du large, qu’il soit au coin de la rue, de la cité, la prison ou la mappemonde tant qu’à faire.

Et puis on se rend compte qu’on s’est trompé de côté du filet. Nous ne sommes pas le pêcheur. Nous ne sommes que l’appât. Un appât qui ne cherche qu’à devenir un poisson parmi d’autres. Pour que tous (re)connaissent Celui qui l’envoie chaque jour à la pêche.

Ce soir nous avions rendez-vous avec quelques jeunes pour peindre leur local qui doit être prochainement inauguré. Pour qu’on ait enfin un lieu de pêche un peu présentable. Le photographe du magazine municipal était présent au rendez-vous… seul pour la deuxième fois consécutive. Pas un seul jeune pour tenir les pinceaux devant l’objectif qui devait les immortaliser pour le prochain « Gen’Mag ». Le succès total…

Si j’avais été le seul pêcheur, la pêche aurait été un sacré fiasco. Heureusement, on ne sait jamais trop comment, un Autre, présent, a ramené les jeunes à temps, avec un ami chef de chantier de peinture par-dessus le marché (ou plutôt le filet). Et moins de deux heures et quelques coups de rouleaux plus tard, le local était méconnaissable, les jeunes aussi d’ailleurs.

Cela résume peut-être tout notre « ministère », la petite goutte d’eau que nous tentons d’apporter à la pêcherie si multicolore de l’Eglise : se laisser simplement rejoindre par le Christ à travers la rencontre d’un peuple étranger, sans trop savoir à l’avance ce qu’il Lui plaira de faire advenir de cette rencontre. Heureusement, nous ne sommes pas payés au chiffre. Nous sommes juste envoyés gratuitement vers des coins de terre (ou de mer, bien sûr) où nous pressentons qu’Il nous appelle et là, nous tentons simplement de L’aider à venir au jour… et réciproquement ! Heureux de ce jour toujours à venir s’Il a trouvé bon de passer par nous pour faire signe à l’un ou l’autre qui L’attendait sans le savoir. Et heureux surtout de savoir que c’est Lui qui mène cette danse à laquelle Il nous invite sans cesse nous aussi. Du côté du filet où Il trouvera bon de nous mettre à contribution. Pour que tous découvrent que Quelqu’un part sans cesse à leur recherche. Comme un Amour inépuisable. Qui n’en finit pas de jeter ses filets vers eux comme on n’en finit pas de bafouiller une déclaration d’Amour.

Patrick SalaunPatrick Salaün,
Cuisinier – équipe de Lannion.

- Olivier (le chef) : Dis ! Il parait que tu es prêtre…

- Moi (le commis de cuisine)  : heu… oui.

- Lui : Mais, c’est quoi un prêtre ? ça veut dire quoi ?

- Moi : un prêtre, c’est… comment te dire… Quelqu’un qui vient rappeler aux hommes que Dieu est avec eux, qu’Il ne les lâche pas.

- Lui : Et… tu dis la messe aussi ?

- Moi : Oui, tous les dimanches ici.

- Lui : Et… je pourrai venir te voir dimanche prochain ?

Dimanche suivant, Olivier est là, et j’introduis la célébration par un petit mot à l’assemblée :

- “Je suis heureux aujourd’hui de vous présenter mon chef de cuisine, avec qui je travaille quotidiennement”

Olivier sourit alors, content d’être accueilli, mais pas dupe non plus de la petite mise en boite de ma part. Il dira le lendemain au patron : ‘Hier, c’était moi la star !’ avec son humour incroyable.

A la fin de la célébration, je le présente à un des anciens de la communauté, José, vieux savoyard de 85 ans :

- Moi : José, je te présente mon chef.

- José : Oui, c’est celui qui ne sait pas faire son signe de croix  (aïe…!).

- Olivier, sans se démonter : oui, mais Patrick me l’a appris.

- José (me regardant de ses yeux bleus malicieux) : Il ne sait quand même pas grand chose…

Et Olivier éclate de rire !

Un autre matin, tous les deux en cuisine, radio allumée comme chaque jour, tout à coup, j’entends Olivier me dire :

- Dis-donc Patrick, c’est comment le signe de croix ?

Il s’approche alors de moi et se met à gestuer et disant :  ”au nom du Père, de la Mère, du Fils…”

- Non, non, tu te trompes là. Regarde-moi.

Et je lui montre posément…

Nous sommes  là, deux cuisiniers en tenue, face à face, faisant tous deux le signe de croix : ‘Au nom du Père – du Père… du Fils – du Fils… du Saint Esprit – du Saint Esprit.

Il le répètera souvent cette matinée là, tout en préparant le repas du jour.

C’est cela être prêtre au travail… Vivre et travailler avec des personnes qui ne sont jamais venus à l’Eglise. Et peu à peu s’installe une confiance qui permet beaucoup, tout !